vendredi 22 février 2008

LE DROIT DU SOL D'ESTROSI


Estrosi s'attaque au droit du sol
Christian Estrosi a évoqué la possibilité de remettre en cause, temporairement, le droit du sol sur l'île française de Mayotte, dans l'Océan indien. Le secrétaire d'État chargé de l'Outre-mer justifie cette idée par la crainte que le conflit des Comores, archipel situé à seulement 70 km de Mayotte, ne crée une vague d'immigration. Cette annonce risque de susciter de vives réactions.
a
A chaque jour sa polémique. Ce vendredi, le secrétaire d'État chargé de l'Outre-mer, Christian Estrosi a relancé l'idée de supprimer sur l'île française de Mayotte, dans l'Océan indien, le "droit du sol", selon lequel "est Français l'enfant né en France lorsque l'un de ses parents au moins y est lui-même né". "Nous pourrions prendre une décision exceptionnelle qui fasse que tout enfant né de parents en situation irrégulière ne puisse plus réclamer son appartenance à la nationalité française", a-t-il déclaré sur France 2.
a
Et de justifier cette mesure par le conflit dans les Comores. Cet archipel très pauvre de l'océan Indien est en conflit depuis des années avec l'île séparatiste d'Anjouan. Jeudi, le gouvernement fédéral a obtenu le soutien de l'Union africaine et de Paris pour une opération militaire contre les autorités "illégales" de l'île autonome d'Anjouan. De ce fait, Christian Estrosi craint que cette situation ne provoque "une invasion imminente" de Mayotte - qui subit déjà un flux d'immigration régulier, du fait de la pauvreté des trois autres principales îles des Comores - qui est seulement à 70 km d'Anjouan, souligne-t-il. Ce qui aggraverait, poursuit-il, la situation de l'île française. "Nous avons aujourd'hui à Mayotte 30% de la population qui est en situation clandestine, irrégulière, et dans 10 ans elle pourrait être majoritaire par rapport à la population franco-mahoraise."Une mesure expérimentalePressentant les réactions qu'allait susciter cette annonce, le secrétaire d'Etat a d'emblée tenu à dédramatiser le sujet.
a
"Il ne faut pas en faire un sujet passionnel, a-t-il déclaré, mais le problème qui se pose à Mayotte et en Guyane déstabilise complètement la société mahoraise et la société guyanaise, donc il est bon de trouver une solution pour éviter que ces déséquilibres s'accroissent". La remise en cause du doit du sol sera une "expérimentation" et un "inventaire sera fait dans cinq ans". "Nous réfléchissons à tout cela pour proposer une loi au printemps", a-t-il précisé.Mais cette mesure n'est pas du goût de tous. Instauré au 16e siècle, renforcé après la Révolution française, le droit du sol est considéré comme une composante essentielle du droit français. Le directeur général de l'association France Terre d'Asile, Pierre Henry, a notamment dénoncé la "provocation" du secrétaire d'Etat.
a
"Une fois de plus, c'est la figure de l'immigré, éternel fraudeur, abusant de l'hospitalité sous toutes les latitudes, détournant les lois, qui est mise en avant pour toucher au 'sacré' de la République: le droit du sol", a-t-il regretté dans un communiqué.Chaque fois que le débat sur l'immigration a effleuré le droit du sol, de vives réactions s'en sont suivies. François Baroin, prédécesseur d'Estrosi, avait lui même envisagé cette même réforme en 2005, mais avait fini par l'abandonner face au tollé qu'elle avait créé. Ce droit a malgré tout été restreint au fil du temps. Aujourd'hui, les enfants de parents étrangers ne deviennent pas automatiquement français. Ils acquièrent la nationalité de plein droit à l'âge de 18 ans et s'ils ont résidé dans l'Hexagone de façon durable.

Marie DESNOS

Aucun commentaire: